Mehmet et Nadia

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Mehmet et Nadia : de l’objet au sujet

Lui a appris son métier sur le tas depuis 20 ans, au fil de formations techniques. Elle a étudié l’esthétique du cinéma et a suivi des stages d’écriture à la Fémis. Mehmet Arikan et Nadia Bouferkas vivent à Roubaix et travaillent ensemble depuis 13 ans. Pour porter leurs projets, ils ont monté l’association Tribu. Fictions, films d’auteurs, ateliers documentaires : plusieurs supports, mais toujours la même volonté de mettre en boite l’expression de réels sujets.  

La zone de l’Union. La rencontre avec Mehmet et Nadia se fait chez Salah, dans ce café perdu au milieu d’un quartier rasé par les bulldozers, au cœur du futur « pole textile innovant » de demain, à la jonction de Roubaix, Tourcoing et Wattrelos. Les réalisateurs ne sont pas là par hasard. Ils tournent un film sur la mémoire du quartier ouvrier en déconstruction et sont à la recherche de témoignages, de différentes temporalités qui pourraient retracer l’histoire, les enjeux de cet espace. Le café de Salah, qui a tout traversé, fait parler ces différentes époques. Mehmet explique que le cinéma ne se limite pas à « capter de l’image ». Il est fait de partis pris formels. « Nous ce qui nous anime, c’est de donner la parole à des gens qui sont hors cadre médiatique », affirme-t-il. Filmer des sujets plutôt que des objets. Prendre le temps de la rencontre, de la discussion avant de commencer à tourner. La qualité d’un film se trouve pour eux dans une relation où celui qui est filmé y trouve son propre intérêt.

L’expérience de Mons. La relation dans le temps, les deux réalisateurs l’entretiennent. A Mons, la démarche s’est effectuée dans le cadre d’un atelier. « Une réalisation collective, entre nous et les habitants, avec une transmission de savoirs dans les deux sens », explique Nadia. Les habitants qui ont participé assument leurs propos et défendent le film, parce que la collaboration a eu lieu à chaque phase du projet. Les réalisateurs expliquent qu’il est souvent très long d’accoucher d’une intention, d’un traitement. A Mons, cela a pris deux ans. « Au début, on a regardé des films ensemble. Les nôtres, pour qu’ils connaissent mieux notre façon de travailler, et d’autres films, que l’on n’aimait pas forcement, mais qui proposaient une diversité de points de vue de réalisateurs, une diversité de représentations du quartier populaire », détaille Nadia. Tout ça pour se questionner sur la construction d’un discours. La question, c’était « comment se représenter hors du discours médiatique dominant sur les quartiers populaires ? ». Une réflexion à la fois sur l’écriture, le contenu, et puis la réalisation : comment moi, habitant, vais-je moi-même me mettre en scène ? Dans les deux documentaires, les habitants ne font pas que montrer leur quartier de telle ou telle façon. Ce qu’on voit à l’écran, ce sont surtout des individus, des citoyens français qui se battent au quotidien pour trouver leur place. Ce qu’on voit à l’écran, c’est une réflexion sur le pourquoi des stigmates portés par les habitants d’un quartier, sur l’influence du discours médiatique sur le quotidien des personnes. La démarche de l’atelier de réalisation de documentaire, ce n’est pas juste « s’exprimer ». Les participants avaient envie que leur travail soit vu, entendu, avec une exigence de qualité pour tourner dans les festivals. L’un d’eux a d’ailleurs été primé au festival de la Charnière. Les participants ne voulaient pas s’arrêter sur de l’anecdotique. Ce qu’on voit à l’écran, ce sont des réflexions d’ordre sociologique, faites non pas par des experts en blouse blanche mais par des habitants d’un quartier populaire qui font le bilan, avec beaucoup de lucidité, sur leur parcours et leur quotidien.

Changer de prisme. Les films de Mehmet et Nadia ne sont pas tous axés sur la question des quartiers populaires. Par contre, il s’agit toujours de questions de société, auxquelles ils cherchent à apporter un regard universel. Pour que n’importe qui puisse se sentir concerné. Dans l’un de leurs films, « Apprentis utopistes », on est à Sciences Po, pas dans un quartier populaire. Mais on change de prisme en traitant d’une rencontre entre les étudiants et les militants sans-papier. « Dans un film, on ne fait pas que raconter. On fabrique, on articule pour s’identifier, on parle de la société française à travers un microcosme » explique Nadia. Actuellement, ils travaillent sur deux projets. Le premier autour de la mémoire du quartier de l’Union, quasiment entièrement rasé. Le second autour de la transformation du quartier de Moulin, à travers l’Atelier Populaire d’Urbanisme (APU), qui se bat pour le droit au logement pour tous. Autour de cette structure, les réalisateurs s’intéressent au processus à l’œuvre. Ce passage du « je » de l’urgence du logement au « nous » d’un rapport de force et de lutte politique.

Émission Radio: Filmer le vide , le quartier de l'Union à Roubaix

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